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«Maîtresse d’un homme marié», La série trouve un écho jusqu’en Suisse

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Entre valorisation de la culture du pays et mise en avant de sujets encore considérés comme tabous par la société, la fiction réalisée par la Sénégalaise Kalista Sy s’impose comme un vecteur de libération pour les femmes. La série trouve un écho jusqu’en Suisse

S’approprier le récit. C’est au moins l’une des raisons qui ont motivé la Sénégalaise Kalista Sy à imaginer la série Maîtresse d’un homme marié. cette fiction met en scène cinq jeunes femmes, indépendantes et urbaines dans la société sénégalaise actuelle.

L’une entretient une liaison avec un homme marié tandis qu’une autre subit la violence d’un mari alcoolique. Viols, santé mentale et mariage forcé y sont également abordés. La fiction connaît un succès retentissant au Sénégal et dans l’Afrique de l’Ouest francophone, tout en suscitant l’ire des associations religieuses conservatrices.

Points de vue divergents

Maitresse d’un homme marié résonne en Suisse. «Feuilleton TV africain et subversion»: c’est l’une des thématiques qui ont été abordées en marge de l’exposition Africana, figures de femmes et formes de pouvoir, qui s’est achevée le 22 novembre dernier à Lausanne. En collaboration avec l’Unil, la Bibliothèque cantonale et universitaire a mis en lumière pendant plus de six mois les figures féminines de la littérature africaine.

«Ce qui semble choquer avec ce feuilleton, c’est d’abord le titre, puis le fait de diffuser ce que beaucoup font, mais que personne n’ose vraiment dire ou montrer, dans une société où la pudeur est de mise», analyse Lucas Lador. L’étudiant en master de littératures de langue française, spécialisé en études africaines, était chargé d’animer la discussion du club de culture Les Braconniers à la Bibliothèque universitaire de Lausanne. Le jeune homme y a choisi de diffuser deux extraits des épisodes ayant reçu le plus de vues et de commentaires sur YouTube, et révélateurs des opinions divergentes qui entourent la série.

Valorisation d’une culture

Un épisode met en scène la cérémonie du Nguenté. Un baptême organisé en l’honneur d’un nouveau-né quelques jours après son arrivée. Thiebou yapp et coucous royal: les images dévoilent alors une profusion de plats, des invités festoient élégamment selon la coutume. On assiste à une véritable valorisation de la culture du pays. «Les pratiques collectives sont mises en avant, les tenues, les robes, et les coiffures mises en valeur. Tout ce qui est de l’ordre de la sociabilité et de la présentation de soi trouve un écho très fort sur place, la population sénégalaise peut s’identifier», souligne Christine Le Quellec Cottier.

Une autre scène a, elle, suscité plus d’émois dans le pays. On y découvre Cheikh et sa seconde épouse. Ce dernier la hisse sur son épaule avant de la jeter virilement sur un lit parsemé de pétales de rose. Le couple gloussant s’enlace, la porte se ferme sur la scène intime. Des images jugées outrancières, qui avaient poussé l’ONG religieuse Jamra à saisir le CNRA, gendarme de l’audiovisuel, afin d’interdire la diffusion de l’épisode.

«Dans cette scène, une porte se ferme, mais elle s’ouvre en réalité sur tous les fantasmes. Les associations religieuses se sont offusquées alors que les telenovelas, qui font un tabac en Afrique de l’Ouest, multiplient pourtant ce type de scène de manière bien plus impudique, étaye Lucas Lador. Mais là, ce qui dérange, c’est qu’on décrit la société sénégalaise. Et les femmes y deviennent actrices de leur propre vie.»

Source : www.letemps.ch

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