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dimanche, octobre 2, 2022
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Les lundis de Madiambal : Dites-donc, les opposants non plus n’ont pas de parole ?

Ils aspirent presque tous à devenir l’auguste président de l’Assemblée nationale du Sénégal, ces nouveaux députés de l’opposition ! La liste est bien longue : Barthélemy Dias, Ahmed Aïdara, Birame Soulèye Diop, Oumar Sy, Cheikh Abdou Bara Dolly Mbacké, Mamadou Lamine Thiam. Peut-être que d’autres derniers candidats sortiront d’on ne sait quels chapeaux ? D’aucuns appréhendaient que la prochaine élection du Bureau de la nouvelle Assemblée nationale allait être un casse-tête pour le Président Macky Sall et sa coalition, Benno bokk yaakaar (Bby), mais on constate que l’opposition vit elle aussi cette épreuve comme une foire d’empoigne. Tous les coups sont permis entre alliés qui se découvrent être les pires ennemis. J’avoue que j’en souris, car je voyais bien venir. Dans une chronique en date du 16 mai 2022, je prévenais : «Les profondes divisions, apparues à la suite des investitures aux élections législatives de juillet 2022, devraient interpeller tout électeur. En scellant ce qu’ils appellent une alliance stratégique, les responsables de Yaw et Wallu Senegaal annonçaient que leur trouvaille a pour vocation d’imposer une cohabitation au Président Macky Sall. Seulement, si d’aventure ils arrivent à obtenir la majorité parlementaire au lendemain du scrutin du 31 juillet 2022, ces opposants qui se déchirent, s’invectivent pour ne pas dire s’étripent, pour des positions sur les listes d’investitures, s’entendront-ils sur le nom d’un Premier ministre et/ou d’un président de l’Assemblée nationale et sur les noms des membres d’une équipe gouvernementale ? Ce sera bonjour la pagaille. La confusion serait encore plus grande que les coalitions électorales apparaissent comme de vulgaires conglomérats de personnalités politiques, sans aucun lien structurel ou un accord politique de gouvernement ou sur un programme quelconque. En effet, la formule est toute simple, se mettre ensemble pour obtenir le maximum de sièges de députés et on verra après.»

Pour s’enlever cette épine du pied, des membres de Pastef viennent de trouver l’alibi qu’une disposition interdisant le cumul des mandats devrait être réglée par une loi mais pas par l’humeur des gens. S’agit-il ici d’humeur ou d’engagement solennel ? Pourtant, on avait bien entendu d’éminentes personnalités prôner en quelque sorte le paradigme angélique de la primauté de l’éthique sur la règle de droit même. En spéculant sur une éventuelle nouvelle candidature du Président Macky Sall en 2024, elles indiquent sans sourciller que la question d’une telle candidature ne devrait pas être d’ordre juridique mais plutôt moral, car la morale et l’éthique d’un homme, qui dirige ou qui aspire à diriger ses concitoyens, devraient être placées au-dessus de tout. On pourrait dire que désormais sous ce registre, il y a bien match nul ! Il restera qu’on devra toujours croire qu’opposants, ils peuvent prendre des libertés avec les lois et les règles morales les plus élémentaires mais qu’ils seront vertueux une fois au pouvoir ! On était habitué du contraire. Comme avec l’opposant François Mitterrand, auteur du livre Le coup d’Etat permanent, dans lequel il n’a rien pardonné à Charles de Gaulle et arrivé au pouvoir en 1981, a tout jeté aux orties et s’était vautré dans tout ce qu’il dénonçait. Ou peut-être encore Abdoulaye Wade et Abdou Diouf ?

Cependant, on a observé que tous les discours enflammés sur la gestion vertueuse ont été vite oubliés. A l’épreuve de la gestion municipale, des édiles de l’opposition ont fait montre de gabegie et de népotisme en distribuant des emplois manifestement fictifs, à tout le moins non nécessaires, à leurs amis et camarades. C’est bien le cas à la mairie de Dakar, où Barthélemy Dias s’est découvert une nouvelle âme d’employeur d’activistes au chômage. Des conseillers municipaux de Ziguinchor ruent également dans les brancards contre des recrutements de leur maire et surtout pour fustiger ses multiples voyages par avion, avec sa suite, aux frais du contribuable de Ziguinchor. Pire, en moins d’un semestre d’exercice, des scandales éclaboussent gravement de nombreux maires de Yaw, liés à la gestion prédatrice des terres de leurs collectivités locales ou de cas de détournement d’aides sociales et autres secours destinés à des nécessiteux. On a pu dire que ça commence bien ! Plus grave, à la Mairie de Dakar on relève qu’entre mars et mai 2022 Barthélémy Dias a dépensé officiellement (sans appel d’offre dit-on) 2 milliards. C’est à dire plus que ce pourquoi Khalifa Sall a été en prison, pour sa gestion de 2010 à 2014!

Une législature partie pour être la plus courte de l’histoire parlementaire du Sénégal
On peut nourrir de grosses appréhensions pour la 14ème législature qui s’ouvre lundi prochain, 12 septembre 2022. La forte représentation de l’opposition pourrait laisser augurer des débats et des mesures qui permettraient d’améliorer les conditions de la gouvernance publique. Mais on risque fort de déchanter car en parcourant les listes des députés, on se rend compte qu’en termes de profils intellectuels et sociaux et de compétence, la qualité de la représentation parlementaire n’apparait guère meilleure que lors des législatures précédentes. Il s’y ajoute que les discussions s’annonceront chaotiques car ils sont nombreux, les hâbleurs qui vont siéger au Parlement et qui ne sont éclairés par aucune lumière, et qui fondent leur action politique sur la mauvaise foi, le mensonge, le dénigrement, l’insolence et un populisme de mauvais alois. Les joutes sont ainsi parties pour révéler des situations de déshonneur pour l’Assemblée nationale. Déjà, des séances de pugilat entre députés avaient été déplorées dans les couloirs de l’Assemblée nationale, mais on risque cette fois-ci d’en regretter au sein même de l’Hémicycle. On dira que ce ne serait pas une première dans le monde ? Assurément, mais l’ambition légitime d’une amélioration continue du niveau de qualité du système démocratique sénégalais devrait l’interdire.

Sur un autre registre, la nouvelle législature ne devrait pas durer plus de deux ans, c’est-à-dire strictement la durée constitutionnelle pour permettre la dissolution anticipée de l’Assemblée nationale. En effet, la personne (quelle qu’elle sera du reste) qui sera élue à l’issue de l’élection présidentielle de 2024, sera bien amenée, pour ne pas dire obligée, de dissoudre l’Assemblée nationale en septembre 2024. Au cas où le Président Macky Sall rempilerait, il devra avoir besoin de chercher à profiter de la nouvelle dynamique politique enclenchée avec sa réélection pour chercher à se donner une majorité parlementaire plus solide ou plus commode ou confortable que celle, très volatile, avec 83 députés sur un total de 165 députés. Un autre président de la République, provenant de l’opposition ou même du camp politique du Président Sall, aura absolument besoin d’avoir sa propre majorité, ses «propres» députés, pour s’assurer de leur fidélité et loyauté. Dans ce cas de figure, il faudrait néanmoins retenir que la dissolution ne pourrait pas intervenir dès le lendemain de l’installation du nouveau Président car la Constitution de 2016 a fixé entretemps, une interdiction de dissolution, d’ordre temporel. Ainsi, on sera à la même échéance de septembre 2024 pour pouvoir envisager la dissolution de l’Assemblée nationale. Ou bien ce nouveau Président appliquerait-il une certaine «jurisprudence» Abdoulaye Wade ? Le Président Wade avait été confronté à cette situation en 2000, au moment où il venait d’être installé à la tête du Sénégal. A l’époque, l’interdiction fixée par la Constitution était d’un autre ordre. La dissolution de l’Assemblée nationale ne pouvait être possible qu’en cas d’adoption d’une motion de censure. Or, les députés socialistes qui dominaient l’Assemblée élue en 1998, tenaient à sauver leurs sièges et s’étaient interdit toute idée de voter une motion de censure et avaient même juré au Président Wade de ne lui créer aucune difficulté ou situation conflictuelle ; mieux, de voter sans broncher toutes ses lois. Le Président Wade ne pouvait se suffire de cela pour se coltiner une telle Assemblée nationale jusqu’en mai 2003, terme de la législature. D’autant plus qu’il avait grand besoin de caser son personnel politique ! Ainsi, avait-il initié une réforme constitutionnelle pour faire adopter une nouvelle Constitution, celle du 22 janvier 2001. Le subterfuge lui avait permis de tenir de nouvelles élections législatives le 29 avril 2001.

Pour la petite histoire, le Président Wade avait tenu à ménager les députés qui venaient de perdre de manière abrupte leur mandat en décidant par exemple de leur verser un pécule qui pourrait représenter l’équivalent des indemnités parlementaires qu’ils pourraient escompter si la législature avait été menée jusqu’à son terme. Le Président Abdoulaye Wade avait eu l’intelligence sociale «d’habiller» l’affaire sous le prétexte d’aider les députés à rembourser des dettes contractées. Il ne s’arrêtera pas en si bon chemin pour s’accommoder à sa guise de «son» Assemblée nationale, et va pousser le bouchon jusqu’à faire reporter à 2007, les élections législatives prévues en 2006. Les députés avaient ainsi voté une loi pour prolonger leur propre mandat. Le Président Wade affirmait, dans un message solennel à la Nation, vouloir fusionner les élections législatives avec la Présidentielle de 2007 pour permettre de «réduire les coûts qui leur sont consacrés et libérer ainsi des fonds pour aider les personnes les plus touchées par des inondations». C’était le plan Jaxaay, se souvient-on ! Pour le Président Wade, «il n’est pas raisonnable, pour un pays pauvre, de consacrer en 2006, la somme de 7 milliards pour des élections et la même somme en 2007». Seulement, on verra qu’en 2007, la Présidentielle s’était tenue le 25 février 2007 et les élections législatives le 3 juin 2007. Une frange importante de l’opposition avait boycotté ces fameuses élections législatives de 2007.

Le Président Macky Sall, nouvellement installé en avril 2012, n’avait pas trop eu besoin de recourir à l’arme de la dissolution de l’Assemblée nationale. Le mandat des députés devait arriver à expiration trois mois plus tard. Les élections législatives avaient été prévues pour le 17 juin 2012, mais il aura fallu un consensus avec la classe politique pour les fixer pour la date du 1er juillet 2012. Il obtenait ainsi une majorité pour supplanter celle qui était favorable à son prédécesseur. Le Président Abdou Diouf, installé le 1er janvier 1981, après que Léopold Sédar Senghor lui eut filé le pouvoir, se garda de dissoudre l’Assemblée nationale et manœuvra très difficilement avec les «barons socialistes» jusqu’aux élections législatives de 1983, pour pouvoir enfin faire élire «ses députés».

Du reste, la configuration de la nouvelle Assemblée nationale ne saurait permettre au Président élu en 2024, de faire adopter une pareille réforme constitutionnelle par les députés. Il ne pourrait que recourir à un référendum mais la gestation et l’adoption par voie référendaire d’une nouvelle constitution demanderaient plus de temps au nouveau chef de l’Etat, qui sera installé en avril 2024. En d’autres termes, il se résignera à attendre impatiemment l’échéance fatidique de septembre 2024.

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