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« J’ai peur pour mon pays »

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« Le visage du Sénégal de la Teranga est devenu hideux »

La vitrine de la stabilité et de l’État de droit est craquelée devant une opinion internationale incrédule, médusée.Je m’inquiète pour mon pays ! Comment en est-on arrivé là ?Depuis l’indépendance en 1960, au fur et à mesure que l’État se construisait dans les mains de serviteurs dévoués de la Nation dans le secteur public comme dans le secteur privé, il était déconstruit par des « hôtes du hasard » dont la préoccupation est plutôt l’enrichissement personnel et familial et les règlements de comptes politiques. Nous avons même assisté à la mise en œuvre de stratégies politiques visant à éliminer des candidatures sérieuses aux élections par le biais de dossiers judicaires, d’un système inique de parrainage ou d’autres obstacles. Le pouvoir politique en place ne doit plus pouvoir choisir ses adversaires et/ou éliminer des adversaires redoutés.Nous avons assisté à une distribution de la justice donnant l’impression d’être un bras armé contre les adversaires du pouvoir politique et d’organiser l’impunité de ses protégés. Cette situation a fini par installer la perte de confiance en un pilier essentiel de l’État de droit : la justice.Nous avons constaté une perte de neutralité de l’administration et une rupture de l’égalité devant les services publics et les charges publiques. L’on se rend compte, à la lumière de cette crise, qu’en amont, on a toléré et laissé prospérer des sources potentielles de conflits sociaux. On a donné la parole à tout bout de champ et laissé dire n’importe quoi sur n’importe qui. On nous a même imposé des débats insipides, dangereux et suicidaires pour la cohésion sociale. L’absence de bilan documenté de l’utilisation des milliers de milliards collectés depuis l’indépendance, le manque de transparence sur le sort réservé aux ressources naturelles et aux entreprises publiques, l’opacité qui entoure la gestion des ressources foncières dont dispose le Sénégal, ont fini par consacrer l’idée de deux Sénégal ; celui qui a gagné et celui qui a perdu.La jeunesse ne voit pas la couleur de l’argent dont elle entend parler quotidiennement. Où se trouve l’argent du Sénégal ? A qui a-t-il profité ? Telles sont les interrogations qui irritent et nourrissent le désespoir.Ce désespoir mobilisateur de la jeunesse l’a rendu prête à en découdre avec tous ceux qui sont considérés comme responsables de la situation qu’elle vit, quel qu’en soit le prix. Le mal qui ronge notre pays est devenu profond et le peuple, fatigué des conséquences de cette situation désastreuse, a emprunté la voie de la résistance. J’ai souvent répété que les jeunes, incompris aujourd’hui, de surcroît diplômés chômeurs, sans emploi ou chômeurs tout court, sont les maîtres de demain et qu’ils ne se contenteront pas de participer au jeu mais prendront leur destin en mains en en fixant les règles. Ce combat de la jeunesse, des populations et des travailleurs en proie à la pauvreté, à l’ignorance, au chômage, à l’insécurité et à la maladie va au-delà des leaders politiques ou de la société civile. Il est légitime.Peut-on occulter ces tristes vérités si nous aspirons à un véritable changement de cap pour une paix durable ? Evidemment non.Cela dit, il faut trouver des solutions pérennes, tirées d’Assisses nationales sur la Jeunesse et sur l’Économie nationale. C’est le prix à payer pour préserver la stabilité dont nous ne mesurerons la valeur réelle que lorsque nous l’aurons perdue. Le Sénégal dispose des ressorts nécessaires pour ne pas en arriver là.Il faut éviter l’escalade.La rupture dans la façon de gouverner est inévitable. Elle ne doit pas non plus susciter la peur chez les populations. Leur confiance est indispensable. Dans tous les cas, le pays doit rester gouvernable ! Un pays gouverné par l’instinct de survie ne peut pas garantir une survie durable à ses citoyens, ne peut non plus rassurer sur l’avenir.Pour éviter l’éternel recommencement, rangeons les projets de vengeance aux oubliettes Faisons preuve de dépassement. Plusieurs révolutions nous attendent et supposent une paix durable intérieure et extérieure.Il nous faut une autre façon de financer le développement économique et social, une nouvelle orientation de l’investissement, en mettant l’accent sur la transformation industrielle des ressources naturelles, des produits agricoles, de la mer et des forêts.La révolution énergétique dans le strict respect des exigences de la protection de l’environnement est devenue un impératif. Le chantier de la création d’emplois durables pour la jeunesse ne peut plus être différé.La révolution verte pour une agriculture moderne, la valorisation de l’artisanat, la relance du tourisme, la renaissance de la pêche, l’optimisation de l’élevage et la révolution culturelle attendent d’être engagées.La révolution numérique au service de la santé et de l’éducation est devenue une exigence impérieuse et toutes les conditions sont réunies pour la réussir.Le capital humain d’ici et de la diaspora est prêt à se mettre à la disposition du pays. Il faut le mettre en confiance.L’Etat, l’entreprise et les ménages attendent des réformes urgentes pour se renforcer. L’horizon d’un changement de cap suppose l’engagement d’épargner les vies humaines, l’adoption d’actes forts d’apaisement et l’observation de pratiques politiques transparentes.Sur le chemin de la conquête du pouvoir politique ou pour sa conservation, le Sénégal ne peut plus admettre la perte de vies humaines. Le premier consensus de toute la classe politique est de se battre la main dans la main pour qu’aucune vie ne soit perdue dans le combat politique. Plus jamais ça !Le premier geste d’apaisement est d’éviter une fuite en avant dans le dossier judiciaire SONKO. A quoi sert-il de se braquer sur un dossier dont les nombreuses zones d’ombres en ont fait une source certaine de menaces pour la stabilité et la cohésion sociale ? Rien. C’est notre conviction. Le second geste d’apaisement est de procéder à la libération immédiate et inconditionnelle de toutes les personnes détenues dans le cadre des manifestations de protestation des populations. Le troisième geste d’apaisement est la prise en charge totale, rapide et de qualité des blessés du côté des manifestants comme du côté des forces de sécurité.Le quatrième geste d’apaisement est la réparation des préjudices subis par les entreprises, les ménages et toutes les victimes de ces malheureux événements.Par ailleurs, l’État devra s’engager définitivement pour le strict respect des droits et libertés des citoyens et le respect du calendrier électoral, de l’intégrité électorale et de la neutralité dans la compétition entre acteurs politiques.Allons donc à l’essentiel ! Le Sénégal nous écoute.Le monde nous regarde.L’histoire retiendra.Et le Sénégal restera, toujours.

Boubacar CAMARA

Citoyen sénégalais

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